La science au service de la pratique

Sur la programmation de la charge d'entraînement des haltérophiles

A. S. Medvedev, candidat ès sciences pédagogiques, docent ; V. V. Martchenko, doctorant, GTsOLIFK

Résumé français de Tyazhelaya Atletika. Ezhegodnik 1984 (Moscou : Fizkultura i Sport, 1984), p. 58–62 : le texte est une paraphrase, non une traduction ; les tableaux de données sont repris intégralement avec des intitulés français.

La conduite de l'entraînement exige un retour d'information sur la manière dont la charge prévue modifie l'état et la technique de l'athlète, afin de corriger le programme. L'haltérophilie compte très peu d'études à ce sujet, surtout sur l'information urgente (G. A. Titov, 1965 ; M. S. Khlystov, 1974 ; A. A. Loukachev et autres, 1979 ; L. I. Rouvinski, 1980 ; V. N. Deniskin, 1981 ; V. N. Rogozian, 1979), et l'étape précompétitive est particulièrement négligée. Elle requiert la relation entre la charge prescrite, la condition de force-vitesse et la technique des mouvements classiques.

Méthode

Les sujets étaient l'équipe de Moscou de jeunes haltérophiles préparant la 16e Spartakiade panunionienne des écoliers (tableau 1). Sur le modèle de programmes uniformes séance par séance pour les haltérophiles d'élite (A. S. Medvedev, 1978–1983), l'équipe reçut un programme précompétitif de quatre semaines fixant les moyens, les méthodes et la charge pour chaque exercice et chaque séance ; l'athlète et l'entraîneur le corrigeaient individuellement.

Tableau 1. Caractéristiques des sujets

StatistiqueÂge, ansAncienneté d'entraînement, ansPoids de corps, kgTotal en compétition, points
162.763.2222.9
σ0.9120.2511.3723.66
±S0.2530.063.156.55
V, %5.79.41810.6

La structure de l'arraché fut analysée selon les principes de Loukachev (1972) : les angles du genou aux frontières des phases furent enregistrés par électrogoniomètre au début du stage et une semaine avant la compétition, avec 80 % du meilleur arraché. Avant chaque séance, la condition de force-vitesse fut testée par quatre sauts d'Abalakov :

  1. saut vertical depuis l'accroupi après une pause de 2 secondes, mains derrière la tête ;
  2. saut vertical sans élan, mains derrière la tête ;
  3. saut depuis l'accroupi après une pause de 2 secondes, avec balancement des bras ;
  4. saut sans élan avec balancement des bras.

Le meilleur de deux essais était retenu. La variation des mesures répétées est de 2–5 %, la fiabilité de 0.822–0.966, et les sauts 1, 2 et 4 sont significativement corrélés aux résultats de l'arraché et de l'épaulé-jeté (r = 0.610–0.775).

Groupes selon le résultat : 1, arraché amélioré (4 athlètes) ; 2, épaulé-jeté amélioré (8) ; 3, arraché identique ou moins bon (9) ; 4, épaulé-jeté identique ou moins bon (5).

Charge totale et sa structure

Les haltérophiles qui progressaient effectuaient un peu moins de levers de barre (LB) et de séries que les autres, sans écart significatif (tableau 2). Le programme fut dépassé surtout dans les groupes 3 et 4, de 137–152 levers ; les autres paramètres ne différaient pas sensiblement.

Tableau 2. Charge prévue et réelle par groupe

Paramètre de chargePlanGroupe
1 (x̄ ± σ)2 (x̄ ± σ)3 (x̄ ± σ)4 (x̄ ± σ)
Levers de barre (LB)925900.3±55965.6±85.71062±92.51087±158
Poids moyen, %7476±1.277.4±1.278.3±1.378±2.3
Nombre de séries371349.7±15366.8±35.3392±40.4398±69.3
Répétitions par série2.52.6±0.072.6±0.072.7±0.072.7±0.1
Nombre de séances1719±0.7218.4±0.7417.7±1.0117.6±1.7

Tous les groupes firent plus de levers que prévu dans les zones 50+ et 60+, moins dans 70+ et 80+, et ajoutèrent des levers non prévus en 110+ et 120+ ; les zones 90+ et 100+ et le nombre de levers à 90–100 % restèrent conformes au plan (tableau 3).

Tableau 3. LB prévus et réels par zone d'intensité, et levers à 90–100 %

Paramètre de chargePlanGroupe
1234
1. Zones d'intensité, %
50+*7 %11111212
60+18 %22201919
70+38 %35343232
80+20 %14151413
90+12 %12111011
100+6 %5457
110+354
120+232
2. Levers à 90–100 % du poids (LB), arraché + épaulé-jeté7+98+1211+1012+913+9

* 50+ signifie 51–60 %, et ainsi de suite par paliers de 10 %.

Les haltérophiles qui progressaient faisaient plus de séries de une à deux répétitions et moins de cinq ou six ; les volumes par exercice correspondaient au plan (tableau 4).

Tableau 4. Part (%) du total des LB par répétitions et par groupe d'exercices

Paramètre de chargePlanGroupe
1234
Répétitions par série
1–24142413633
3–45047464749
5–6710121616
8–101112
Groupes d'exercices
Arrachés2526262625
Épaulés-jetés2020222323
Tirages d'arraché1614131314
Tirages d'épaulé1210111314
Squats2730282524

Dans les tirages, les groupes 3 et 4 utilisaient des poids plus lourds que les groupes 1 et 2 (tableau 5).

Tableau 5. Poids relatif moyen dans les tirages, % du maximum

GroupeTirage d'arraché (x̄ ± σ)Tirage d'épaulé (x̄ ± σ)
193.4±2.1886.6±1.45
298.5±2.693.4±4.95
3103.8±2.2397.1±4.48
4103.9±3.6596.6±4.42

Les groupes 1 et 3 diffèrent significativement dans les deux tirages (p < 0.05). L'excès venait des tirages au-delà de 100 %, surtout de 110 % : les groupes 3 et 4 firent 138 et 141 de ces levers, plus du double des 55 prévus.

Cycles hebdomadaires

Tous les groupes atteignirent leur pic en semaine 3 avec 37 % des LB, comme prévu (tableau 6). Le poids moyen hebdomadaire suivit le plan, avec environ 3 % de dépassement, en semaines 1 et 3, et en semaine 4 pour les groupes 1 et 2 ; les groupes 3 et 4 dépassèrent d'environ 9 % en semaine 4 (tableau 7). En tenant compte du volume et de l'intensité, les groupes 1 et 2 eurent une semaine lourde, les groupes 3 et 4 deux d'affilée.

Tableau 6. Charge prévue et réelle en LB par cycle hebdomadaire

GroupeSemaine
4 (plan 225 LB)3 (plan 350 LB)2 (plan 191 LB)1 (plan 159 LB)
1 (x̄ ± σ)196.3±38.6336.3±12.8208±21.3159.8±1.4
2 (x̄ ± σ)190±28.5363±40.9251.5±30.5161.3±10.9
3 (x̄ ± σ)222.6±59398.1±41.9287.8±21.4153.2±19.4
4 (x̄ ± σ)254.8±101404.8±66.9282.2±36.7145.6±33.3

La semaine 1 est la plus proche de la compétition.

Tableau 7. Intensité prévue et réelle (poids moyen hebdomadaire, %)

GroupeSemaine
4 (plan 71 %)3 (plan 76 %)2 (plan 76 %)1 (plan 70 %)
1 (x̄ ± σ)73.5±2.678.5±0.978.3±0.971.3±1.6
2 (x̄ ± σ)73.8±1.778.6±1.278.1±1.674.5±1.9
3 (x̄ ± σ)77.9±2.879.1±1.177.8±1.975.2±3.1
4 (x̄ ± σ)81.0±3.479.4±1.377.6±3.273.2±5.1

État fonctionnel et technique

Tableau 8. Variation de la hauteur des sauts, de la semaine 4 à la semaine 1, %

GroupeSaut 1Saut 2Saut 3Saut 4
1+2+9+9
2+1+1+11+8
3+0–5+4+7
4+1–7–4+6

Tel qu'imprimé ; la source ne donne que trois valeurs pour le groupe 1.

Le saut 1 n'a pas changé sensiblement. Le saut 2 s'est amélioré dans les groupes 1 et 2 (p < 0.01) et avait tendance à baisser dans les groupes 3 et 4. Le saut 3 a augmenté dans les groupes 1 et 3, de façon significative dans le groupe 2 (p < 0.05), et avait tendance à baisser dans le groupe 4. Le saut 4 a augmenté partout, significativement seulement dans les groupes 1 et 2. Les sauts 2 et 3 sont donc plus informatifs. Les groupes 1 et 2 étaient en moyenne supérieurs de 9 % à tous les sauts par rapport aux groupes 3 et 4, d'où un état fonctionnel plus élevé.

La technique concordait : dans les groupes 3 et 4, les angles du genou de l'arraché aux frontières des phases ont diminué significativement (p < 0.01), alors que chez les haltérophiles qui ont amélioré l'arraché ils ont augmenté (p = 0.05). Ces garçons de classe III et II n'ont pas la technique optimale, leurs angles sont donc bien inférieurs aux valeurs de l'élite.

Tableau 9. Angles du genou (degrés) dans l'arraché, groupes 3 et 4 (x̄ ± σ)

TestPhases
2–33–44–5
1144.8±4.15124.4±2.91168.7±2.58
2136.2±4.04112.6±4.26161.4±4.6

Tableau 10. Angles du genou (degrés) dans l'arraché, haltérophiles en progrès (x̄ ± σ)

TestPhases
2–33–44–5
1124.6±2.42107.5±4.85162.5±2.42
2126.3±5.82108±3.64166.7±2.18

Le volume programmé de la semaine 4 à la semaine 1 était de 21, 37, 25 et 17 %, et les athlètes ont gardé cette répartition en LB. Mais les groupes 3 et 4 ont dépassé l'intensité de la semaine 4 de 9 % contre 3 %, et ont donc eu deux semaines lourdes consécutives. Tous les groupes ont réduit la charge après la semaine 3 et ont eu le même temps de récupération, pourtant seuls les groupes 1 et 2 ont bien concouru ; les autres ont récupéré insuffisamment, comme le montrent la baisse du saut 2 et les résultats inférieurs de 9 % à tous les sauts, c'est-à-dire une moindre capacité réactive des muscles des jambes.

Le groupe 1 était en moyenne supérieur de 5 % au groupe 2 aux sauts, si bien qu'un bon arraché semble lié à une condition de force-vitesse plus élevée. L'excès de charge a nui surtout au saut 2 ; celui-ci reflète le stockage d'énergie élastique dans la phase de cession pour un usage ultérieur, ce qui compte davantage pour l'arraché. Pour l'épaulé-jeté, le saut 3 compte davantage, car il reflète l'usage de l'énergie de contraction musculaire et des forces d'inertie verticales du balancement des bras.

Conclusions